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Le mot du Président

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L'Afrique à la croisée des mondes

Depuis plus d'un siècle, notre continent voit passer des révolutions qu'il contribue à nourrir sans en gouverner la destination. Révolution industrielle, révolutions extractives, révolution numérique : à chaque étape, l'Afrique a fourni la ressource, parfois le marché, rarement la conception, presque jamais les critères de décision.

Il faut avoir le courage de nommer cette histoire, sans s'y enfermer. L'Afrique n'a jamais manqué ni d'intelligence, ni de dignité, ni de capacité de création. Elle a trop souvent été tenue à distance des lieux où se fixent les règles, les standards et les gains durables.

Un ascenseur qui n'est pas encore parti

L'intelligence artificielle ouvre aujourd'hui une bascule encore en formation. Les usages, les règles de gouvernance et les rapports de force ne sont pas figés. Pour une fois, l'ascenseur mondial n'est pas encore parti : notre continent peut choisir de le façonner à son image, au lieu de courir derrière des portes déjà fermées.

L'IA n'est ni une magie obscure, ni une menace appelée à remplacer le discernement humain. C'est un levier, et comme tout levier, sa valeur dépend de la main qui le tient, des règles qui l'encadrent et de la finalité qu'on lui assigne. Plus la machine progresse, plus le rôle du sage, de l'arbitre et du responsable devient précieux.

Contrairement aux matières premières qui quittaient ses ports pour créer ailleurs l'essentiel de leur valeur, l'IA repose sur trois ressources que l'Afrique peut organiser et protéger chez elle : ses données, ses talents et ses règles. La fenêtre est réelle, mais elle ne restera pas ouverte longtemps : la Stratégie continentale de l'Union africaine sur l'IA est entrée dans sa première phase 2025-2026, celle où se structurent la gouvernance, les accès et les priorités.

L'ACCP, notre levier

L'ACCP n'est pas une structure de plus. Elle est l'instrument par lequel des sages, des décideurs et des bâtisseurs portent une doctrine africaine claire de la coopération technologique :

  • le respect et la protection de nos données ;
  • la prise en compte de nos langues ;
  • la valorisation de nos savoirs ;
  • l'ancrage territorial de la valeur créée ;
  • le refus des partenariats déséquilibrés.

Par l'ACCP, nous transformons une conviction partagée en stratégie lisible, et faire entendre ces critères africains auprès des institutions continentales, des gouvernements, des bailleurs et des partenaires techniques.

Transmettre un chemin dégagé

Le rôle des sages n'est pas l'exécution technique. Il est d'arbitrer, de protéger, de légitimer et d'ouvrir les portes. C'est ensuite à la relève de construire, de coder, d'innover et de gouverner l'avenir.

Tel est le plus beau legs qu'une génération de bâtisseurs puisse laisser : non pas faire à la place des plus jeunes, mais leur transmettre un chemin dégagé, des critères déjà posés et une dignité institutionnelle déjà conquise. Pour que la jeunesse africaine ne subisse plus la technologie, mais la construise et en soit propriétaire.

Je vous invite à rejoindre cette ambition.

Jean-Marie BAYON

Président de l’ACCP

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